Carton jaune !
Par Jérôme Couralet, vendredi 18 avril 2008 à 11:25 - Humeurs
J'ai arrêté de fumer mon paquet de clopes quotidien il y a un peu plus de trois semaines, le jeudi 27 mars, alors que j'étais en stage sur Toulouse, après 18 ans de tabagisme hyperactif. Décision prise encore une fois sur un coup de tête, sans motivation particulière si l'on excepte une douleur soudaine dans la poitrine, de grosses difficultés à respirer pendant un repas au resto avec des collègues et le fait d'avoir terminé mon paquet de clopes à ce moment-là précisément ! Je pensais que la douleur passerait toute seule (j'avais déjà eu des "pointes" comme celle-là auparavant...), mais rien à faire...
J'ai passé une partie de la nuit assis à une table pour pouvoir dormir un peu car c'était la seule position dans laquelle la douleur était supportable (la "pointe" s'était peu à peu transformée en forte pression sur l'ensemble de la poitrine), des quintes de toux sèche avaient fait leur apparition et le simple fait de monter un escalier le lendemain matin m'essouflait complètement. Je me suis donc décidé à aller consulter un docteur avant de rentrer à Uchaud, la douleur empirant. Grand bien m'en a pris apparemment, les docteurs de l'hôpital m'ayant confirmé un peu plus tard que je n'aurais pas atteint Carcassonne de toute façon !
Après une brève auscultation, le docteur m'a envoyé faire une radiographie du thorax, en me faisant bien comprendre qu'il s'agissait d'une urgence (il a lui-même appelé un cabinet dans lequel j'avais rendez-vous moins d'une heure après) et en me demandant de revenir immédiatement après, sans m'expliquer pour autant ce qu'il redoutait... Le radiologue m'a pris à part à l'issue de l'examen pour m'expliquer que j'avais un pneumothorax et que je devais être hospitalisé en urgence. Il a ri à ma demande de retourner sur Nîmes ("Je pense que vous n'avez pas concience de la gravité de la situation", qu'il m'a dit...) et a donc demandé à Eric, le collègue avec qui je faisais mon stage et qui m'a conduit partout ce matin-là , de m'emmener à Larrey pour être hospitalisé en urgence. On est donc partis sans demander plus d'explications, avec une bonne trouille quant à ce dont je souffrais et juste le temps de prévenir Estelle. Ben oui, c'est ce jour-là que j'ai appris ce qu'était un pneumothorax !
Après quelques difficultés à me faire admettre à l'hôpital (personne ne semblait comprendre que je venais me faire hospitaliser de moi-même sans consultation préalable jusqu'à ce qu'une infirmière qui passait par là jette un oeil à ma radio et réalise que je devais être opéré tout de suite) et enfin des explications quant à mon état, je me suis retrouvé dans un lit à attendre l'interne de service... Au final, rien de bien grave, juste un pneumothorax spontané et complet du côté droit. Une expression bien compliquée pour signifier qu'une bulle d'air avait explosé dans mon poumon, que cette explosion en avait troué la paroi, que ce trou avait permis à de l'air de prendre la place du vide qui maintient le poumon contre la cage thoracique et que du coup le poumon s'était complètement ratatiné dans un coin et ne fonctionnait plus du tout ! On appelle également cela un décollement de la plèvre, le poumon étant entouré d'une couche appelée plèvre viscérale et la cage thoracique d'une couche appelée plèvre pariétale. Le terme "décollement" n'est d'ailleurs pas très approprié puisque les deux plèvres ne sont pas collées mais maintenues ensemble par du vide... Cet accident arrive plus fréquemment qu'on ne pense, et particulièrement aux hommes, fumeurs, longilignes et d'une trentaine d'années. Tout mon portrait, quoi... Enfin, bref, on apprend plein de choses quand on se fait opérer ! 
L'interne est arrivée rapidement et m'a posé un drain sous anesthésie locale à travers le pectoral jusque dans la cage thoracique et y a branché une aspiration pour permettre au poumon de se redéployer et de se recoller tout seul. Ca fait bien mal mais on sent tout de suite la différence au niveau de la capacité respiratoire ! Bref, une opération bénigne, trois jours et une tonne de calmants suffisent dans 75 % des cas à ce que les plèvres se recollent toutes seules comme des grandes... Sauf que pas de bol, je fais partie des 25 % restants et au bout de trois jours, le poumon ne s'était pas recollé complètement et un trou subsistait toujours dans sa paroi ! Il a donc fallu que je me fasse opérer le lundi suivant, après un long week-end d'attente...
Je tiens ici à m'excuser pour la trouille que j'ai fichue à pas mal de personnes, Estelle et Eric en premiers... Merci à elle d'avoir réussi à être près de moi et à gérer Anaël, Voxan, les coups de fil incessants de la part de la famille et des copains et tout le reste. Merci à lui de m'avoir conduit partout ce vendredi-là et de s'être occupé de toutes les formalités dont je ne pouvais m'occuper moi-même ! Merci également à tous ceux qui sont passés me voir, qui m'ont soutenu ou se sont inquiétés pour moi. Cela fait vachement de bien au moral dans ces moments-là de s'apercevoir qu'on compte aux yeux de beaucoup de gens !
Je me suis donc retrouvé seul le lundi matin, attendant mon opération... Ca s'appelle une symphyse pleurale, cela consiste à projeter du nitrate d'argent sur la plèvre pariétale afin de lui faire produire de la colle, pour ensuite recoller le poumon au moyen de deux drains (un antérieur, un postérieur...) en aspiration. Alors, non, pour les Dr. Frankenstein en herbe qui se posent la question, on ne m'a pas ouvert le thorax, on y a juste fait deux petits trous en plus pour pouvoir passer dans l'un une mini-caméra et dans l'autre les outils. Et comme les chirurgiens sont des gens malins, ils se sont servis de ces mêmes trous pour les drains !
Au final, ça fait super mal, l'opération dure une à deux heures, se fait bien sûr sous anesthésie générale, complétée par une péridurale pour endormir la région de la poitrine. Estelle a tenté de m'appeler le lundi soir alors que j'arrivais aux soins intensifs, je ne m'en rappelle même pas, j'étais dans un sacré coltard !
J'ai ensuite passé cinq jours en soins intensifs à me faire bourrer de calmants, d'anti-inflammatoires et de morphine... La douleur m'empêchait de trop bouger et je me suis retrouvé avec des brûlures aux fesses à force de rester immobile. C'est pas drôle !!! Malgré la douleur, le séjour en SI s'est bien déroulé. Les infirmières et les aides-soignantes étaient jeunes et sympas, la kiné respiratoire rigolote même si là aussi ça fait mal de faire remonter toutes ces glaires dûes à l'opération, la télé gratuite et les docteurs avenants... Les deux chirurgiens qui m'avaient opéré sont passés pour me dire que tout s'était bien passé mais que j'avais les poumons dans un état déplorable et m'ont incité à arrêter de fumer. J'ai eu du mal à dormir les premiers jours, je me réveillais toutes les demi-heures, j'avais envie de faire pipi tout le temps (une fois la sonde urinaire enlevée...) et j'avais du mal à trouver une position dans laquelle les drains ne me tiraillaient pas sans me faire mal au derrière...
Le drain postérieur a été enlevé au bout de trois jours (comme à la pose, l'enlèvement est douloureux mais ça soulage tout de suite...) et la douleur dûe à la brûlure de la plèvre a commencé à s'estomper à peu près en même temps. J'ai quand même perdu mon appétit et une demi-douzaine de kilos au passage, j'ai pu enfin me lever pour me laver les cheveux dans le lavabo (ça, ça me tardait après sept jours sans pouvoir le faire, je me sentais sacrément poisseux !) et il ne me tardait plus qu'une chose, sortir des soins intensifs dans l'espoir de prendre enfin une douche complète et dormir convenablement sans les répétitions d'alarme dans ma chambre ! En effet, j'ai compris en fin de semaine pourquoi j'avais du mal à dormir. Ce n'était pas dû à la douleur mais aux alarmes qui se déclenchaient dans ma chambre sans raison apparente. J'ai compris après que c'était un système de répétition des alarmes de toutes les autres chambres pour prévenir les infirmières qui pourraient se trouver dans ma chambre. Pratique pour elles, mais pas pour moi !
Comme j'allais à peu près mieux (je faisais des bonds partout en me demandant quand je sortirais des SI...), on m'a fait remonter en chambre normale le vendredi après-midi. Estelle est allée nous chercher des pizzas pour fêter ça mais je n'ai même pas réussi à en manger la moitié d'une petite ! Pas la pêche, le Jéjé... Comme l'aspiration montrait toujours des signes de fuite le samedi matin, les docteurs ont décidé de l'arrêter pour voir si ce n'était pas elle qui causait justement les fuites... Je me suis retrouvé délié du mur, j'ai donc enfin pu bouger un peu plus normalement et nous sommes partis en balade dans les couloirs avec Estelle. Anaël n'était pas là , son parrain ayant justement joué son rôle de parrain ! Merci à Guigui et Coco de l'avoir gardé pendant quelques jours, ça a permis à Estelle de souffler un peu ! Nous sommes donc partis en balade, comme je disais, et j'ai réussi à parcourir bien une trentaine de mètres avant que la tête ne me tourne ! Retour à la chambre, cela ne me réussissant pas de rester alité plus d'une semaine...
Comme mon poumon semblait recollé à la radio du dimanche matin et comme le drain s'était bouché de lui-même, les docteurs ont décidé de le retirer. Cela a été vite fait (pareil, grand soulagement immédiat...) et j'ai enfin pu prendre une douche complète après 9 jours de pénurie... Du pur bonheur ! J'ai continué les balades dans les couloirs en allant de plus en plus loin et il ne me tardait plus qu'une chose, avoir les résultats de la radio du lendemain pour pouvoir enfin rentrer à la maison ! Même si j'avais toujours du mal à avaler quoi que ce soit, mon transit intestinal avait repris normalement et je dormais vraiment mieux...
La radio du lundi a montré que tout allait bien et j'ai enfin pu rentrer à la maison en taxi dans l'après-midi, après les traditionnelles consignes de sortie. Comme les récidives sont fréquentes et imprévisibles dans le cas d'un pneumothorax spontané, plusieurs restrictions m'ont été imposées : arrêt du tabagisme, du parachutisme, de la plongée sous-marine et des instruments à vent ! Et repos complet pendant un mois, avec arrêt de travail à la clé... Aujourd'hui, après dix jours d'un rythme infernal DVD-Ordinateur-Jeux vidéo-Lecture-Sieste, je me sens mieux. Les huit points de suture de mes trois trous ont été retirés mardi et je dois faire une radio de contrôle la semaine prochaine.
Je n'ai pas encore retrouvé mes capacités totales (cela prendra deux à trois mois...) mais je me porte bien. J'ai retrouvé mon appétit, je dors bien (même si je me lève encore une à deux fois par nuit pour aller aux toilettes alors que cela ne m'arrivait jamais avant...), je n'ai pas trop mal et je dispose d'à peu près 80 % de ma capacité respiratoire. Et la preuve que cela va vraiment mieux, c'est que j'ai de plus en plus envie de fumer ! Mais bon, là aussi, je tiens le coup, mon corps a éliminé la nicotine pendant mon séjour à l'hôpital et c'est purement psychologique à présent. Et le fait d'avoir pris un bon gros carton jaune dans la figure m'aide beaucoup à tenir le coup !

Commentaires
1. Le vendredi 18 avril 2008 à 22:07, par Marlène
2. Le samedi 19 avril 2008 à 10:05, par zaboup
3. Le lundi 21 avril 2008 à 07:57, par SEB
4. Le mercredi 23 avril 2008 à 13:27, par Mamyane